HISTOIRE D’UNE VIOLENCE SPECISTE

27 août 2018 - 473 vues

HISTOIRE D’UNE VIOLENCE SPECISTE

La semaine dernière, nous réfléchissions dans cette même rubrique éditoriale sur la violence « prétendue » des antispécistes. Devions-nous nommer violence des actes de revendication ?

Depuis, la lecture et l’actualité sont venues nourrir le sujet au point où nous pouvons encore trouver à dire, voire à redire.

Vendredi 24 août 2018, un communiqué de presse de la mairie de Calais déclarait l’annulation du CALAIS VEGAN FESTIVAL consécutivement à des « informations » annonçant une série d’opérations visant à semer le trouble et à perturber l’ordre public.

La municipalité dit ne pas faire référence à la nature ni au thème du festival : le Véganisme.

Ainsi, la municipalité et la Maire, Madame BOUCHARD, auraient cédé à une pression telle, qu’elles n’auraient pu assurer l’ordre public si elle avait continué d’autoriser le CALAIS VEGAN FESTIVAL. Quelles entités auraient à ce point le pouvoir d’influence qu’une élue de la République s’avoue démunie ?

Tout commence pour nous dans notre enquête le 8 juillet dernier. Un homme réagit, sur son compte FB, à un éditorial de Julien Pouyet, publié dans le journal Nord Littoral le 8 juillet 2018. Cet homme n’est autre que le Président de la fédération française de chasse, Willy Schraen. Il y amalgame habilement des actes de casse, revendications antispécistes ciblant des commerces, boucherie, poissonnerie et restaurant, et l’annonce d’un festival vegan ayant pour but de promouvoir et d’informer paisiblement et joyeusement. Ecrivant : « Apres de nombreuses agressions (…) cette annonce se veut polémique à souhait (…) et nous allons demander à la mairie de Calais, quel message veulent faire passer les élus calaisiens en faisant la promotion dans une salle communale d’un mouvement violent et sectaire. »

On peut imaginer alors à quel point le conseil municipal a pu craindre pour sa renommée.

Il faut dire qu’il ne doit pas être simple tous les jours de rester serein dans une municipalité qui a tant à gérer depuis des années. La solitude de cette équipe municipale qui doit au quotidien maintenir ordre et cohésion quand on accueille malgré soit une jungle et des réfugiés dans des conditions à la limite de la dignité. Où sans cesse il faut faire cohabiter la bien-pensance et l’humanisme.

Il faut dire aussi qu’il ne doit pas être simple tout les jours de devoir se confronter à des groupuscules d’intérêts particuliers qui sans crainte aucune s’attachent à devenir des milices à l’assaut d’espèce protégée telle cette espèce de phoque, le veau marin, devenu depuis quelques année l’ennemi des pécheurs et dont on a retrouvé 5 individus exécutés au fusil ou décapités gisant, mortellement touchés, sur les plages.

Il faut dire également, suite aux images diffusées par l’association AVA où l’on a vu des chasseurs à courre noyer un cerf ou molester et poignarder un cochon sauvage hurlant, que l’on peut craindre le pire quand, lors de son discours de l’assemblée générale de la fédération de chasse de l’Oise le 7 avril 2018 et devant le préfet, Monsieur Schraer déclare : (…) Je suis le président de tous les chasseurs de France, que je défends les 40 modes de chasse et toutes les chasses traditionnelles (…) et je défendrai bien évidemment la Vènerie avec toute ma motivation. (…) On doit être fier de ce qu'on est, on doit être très fier de ce que nous incarnons, nos valeurs, ces traditions et surtout notre mode de vie.

Et puis j'aurai terminé aussi, c'est pas une menace, mais ce que vous avez vécu dans l'Oise cette année ça pourra pas se vivre une nouvelle fois. J'en ai beaucoup parlé au niveau national, j'en ai beaucoup parlé au chef de l'État, mais ça va pas se passer deux fois comme ça. La prochaine fois on va répondre. L’année prochaine, si ça doit continuer, on va répondre.

Alors tout le monde n’est pas armé là-dessus. Moi, je viens d’un département du Pas-de-Calais où j'ai, je dirais, les gros bras. Les chasseurs de gibier d’eau[1]. Hier soir, j'étais avec eux à Calais et j'avais 800 personnes devant moi. Je leur ai dit: « Les gars, il va falloir peut-être aller dans l’Oise l’année prochaine. » J’ai dit : « qui est d'accord? » J’ai pas vu un bras qui ne s’est pas levé sur les 800 personnes qui étaient là.

Pour vous dire que vous n'êtes plus seuls, que la chasse est UNE et unie, que nous devons chasser en meute, comme le dit toujours notre cher Guy. Mais que nous serons là et que la chasse française sera là et que je vous défendrai et que nous nous battrons. Mais que plus jamais nous n'accepterons ce que nous avons accepté et s'il faut et ben nous allons nous défendre. Merci de votre accueil, vive la ruralité et vive la chasse ![2]

 

Lorsque l’on est Maire d’une communauté, on sait très bien qui possède les fusils et qui maîtrise, l’art de s’en servir. Que peuvent des caméra ou des mots face à la détermination des chasseurs ? Que peuvent également les raisonnements constructifs et les attitudes de dialogue lorsqu’un Préfet, ici celui de l’Oise, Louis Le Franc déclare lors de la même réunion:

Messieurs les chasseurs, ne subissez pas. Passez à l’action, pas de façon agressive.

Moi, j’ai donné des consignes précises pour que la prochaine saison de chasse ne soit pas la reproduction de ce que l’on a vécu collectivement.

S’agissant des équipages de vénerie, je vous le redis : Faites l’effort nécessaire pour éviter que le grand gibier n’aille dans les zones urbanisées des villages périphériques des forêts domaniales.

Si du grand gibier, quel qu’il soit se retrouvait en zone urbanisée, j’ai donné comme consigne, plutôt comme instruction, à la gendarmerie nationale d’abattre immédiatement ces animaux.

La chasse à courre en France ou la vénerie, elle est légale ! Par contre, l’entrave au droit de chasse est un délit.

Moi, je veux passer à une stratégie d’intervention, et la stratégie d’intervention sera très simple. Les forces de l’ordre qui viendront, accompagnées d’un membre du corps préfectoral, et je disperserai cet attroupement. Il n’y a pas d’autre solution !

Moi, je suis là pour faire appliquer la loi, donc je vais le faire, parce que maintenant la coupe est pleine et que ça suffit, fin de récréation[3] !

 

Et enfin, lorsque vous êtes Maire d’une ville il doit être compliqué de pouvoir faire face à des arguments musclés émanant de Laurent Rigaud le président de la fédération des bouchers des Hauts de France et Artisan Boucher lui-même, de l'U2P des Hdf et Vice Président en charge des relations aux entreprises de la CMA Hauts de France, qui déclarait sur GRAND LILLE TV le 7 juin dernier : Vouloir "aller au contact... on peut discuter, avoir un débat." Et dans libération daté du 24 aout sur le net dont on peut lire la déclaration, «… L’ensemble des acteurs autour de l’alimentation, commerçants, agriculteurs, pêcheurs, ont fait passer le message auprès des autorités. Il était en effet plus sage d’annuler.»

Et dans un entretien téléphonique à la voix du nord du 26 août indiquer que la fédération avait organisé un déplacement de 300 à 400 personnes pour faire comprendre que je cite : « les hauts de france ne seront pas le nids des extrémistes. »

Pour une figure élue, de tels propos d’une telle sommité locale, c’est un risque fort pour la concorde, la paix locale et dans les relations futures sur des sujets économiques par exemple.

On comprend donc, en croisant les informations que les deux têtes de proue de ce risque sont en charge d’intérêts croisés du monde de la chasse et des commerces de viandes ou d’alimentation utilisant des produits animaux. Ces 2 figures sont des hommes de voix et de poids en terme de reconnaissance. Des hommes dont la parole saurait rassembler des activistes spécistes convaincus. Loin d’être des personnes de sagesse et de dialogue.

La vraie violence ici, c’est que ces personnes ont joué depuis des mois d’influence et de menace. En appelant même aux gros bras. Un système puissant de tradition qui n’hésite pas à jouer l’épreuve de force à partir de ses mandats. En posant les éléments du puzzle, en les assemblant, il est aisé finalement d’arriver à l’œuvre finale de l’annulation du CALAIS VEGAN FESTIVAL. Le municipalité elle-même se contraint à l’acceptation de conflits d’intérêts sous couvert de légalité ou de privilèges traditionnels.

Ce que sentent poindre ces lobbies, c’est une révolution des consciences qu’ils veulent réduire à une révolte ou à un phénomène extrémiste. La souffrance animale, la barbarie humaine, la preuve qu’un régime alimentaire végétal permettrait demain de sauver la planète et la biodiversité en permettant une meilleure santé sont autant d’arguments qu’il faut faire taire. Quitte même pour le cas du Président de l’union des commerces de proximité, à nier que parmi les exposants au CALAIS VEGAN FESTIVAL, qu’il estime plus sage d’avoir annulé, il y a une majorité de commerçant ou d’artisans de proximité. Or ceux-ci luttent contre l’exploitation animale. Ce qui doit être difficile à accepter lorsque l’on est boucher. Et donc ce seraient des commerçants de proximité de seconde zone. L’influence ici pourrait s’apparenter à de la menace. Une force exercée sur des élus pour leur faire accepter une soumission à des bénéfices particuliers.

Lorsque ce groupe usant d’influence sur la République fait annuler le CALAIS VEGAN FESTIVAL, il pense probablement résister à la pression du Véganisme. Il se légitime lui-même dans la conviction d’être opprimé par les méchants activistes. Or les résistants sont toujours un nombre inférieur soumis au diktat d’une norme érigée en système et qui opprime sans que la majorité le remette en cause. Le fait que le consensus spéciste existe n’a jamais garanti sa justice. Aujourd’hui des voix s’élèvent au nom de la sentience et délivrent une parole sincère là où d’autres préfèrent se voiler la face sur la souffrance et l’exploitation du vivant à des fins mercantiles. Faire croire que la force d’opposition des activistes végan.e.s est seule génératrice de la violence c’est oublié un peu trop rapidement que le système spéciste à lui seul génère sur le monde une violence morbide que l’entendement ne peut concevoir et qui pourtant existe.

Avec Herbert Marcuse nous pourrions affirmer qu’Il y a une violence de la defense de la vie, d’éthique et une violence de l’agression, d’intérêt. Aujourd’hui avec l’interdiction du CALAIS VEGAN FESTIVAL, les agresseurs et les défenseurs sont clairement désignés.

Permettre au CALAIS VEGAN FESTIVAL de se dérouler, ce serait permettre une révolution en douceur.

 

 

1/ Faut-il entendre : « en opposition aux nobles de la vénerie que vous êtes » ? (sic)

2/ à -1’10’’ : https://www.facebook.com/fdc60/videos/2045259455715731/

3/ Montage vidéo d’une partie du discours du Préfet de l’Oise Louis Le Franc sur Oise Hebdo,

Du 27 août au 31 août 8h05 13h05 18h05

 

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